Tommy, le début de saison a été très chaotique.

C’était compliqué. Cela nous affectait mais en même temps, nous n’étions pas nerveux en interne. Je l’avais déjà dit. C’était une question d’un but à chaque fois. Le sentiment que le jeu qui fonctionnait l’année dernière ne fonctionnait plus nécessairement mais il ne manquait pas grand-chose. On gagnait sur la route et on perdait à la maison. On commençait à se faire siffler.

L’ambiance était toujours bonne. C’est pour ça que nous n’étions pas inquiets.

Nous avions confiance dans le système de Mario qui allait s’installer petit à petit.  Nous n’avions pas une équipe assez bonne pour jouer en individuel mais une fois le système bien en place, nous avons commencé à remporter des matchs et à faire la différence. On peut longtemps chercher des pourquoi… Pour moi, c’était le fait d’intégrer le système, les nouveaux joueurs…

 

Deux joueurs ont quitté l’effectif. Comment sont gérer ces mouvements dans un groupe ?

On a l’habitude d’avoir ce genre de mouvement au Canada. Un gars qui part et qui est apprécié c’est toujours pénible. Les nouveaux sont arrivés et c’était à eux de s’intégrer. Mais je pense que nous sommes un bon groupe, facile à intégrer. Et les deux nouveaux n’ont pas eu de soucis à ce sujet.

Bastien Maïa est arrivé de Finlande, sans être au-dessus des autres, et s’est facilement intégré. Mathieu-Louis Bélisle est arrivé en tant que joueur étranger, a fait sa place aussi et a fait son travail. Il était acharné à la tâche et très intense sur la préparation physique et dans son jeu.

 

Amiens retrouve ensuite le succès. Quel en a été le déclic ? Asnières ?

Je trouve ça drôle mais oui nous sommes d’accord avec ça. Ce match nous a mis beaucoup en confiance. Mais je ne peux pas donner uniquement crédit à une équipe de D3 et dire que c’est grâce à ça que l’équipe est bonne. On a enchainé ensuite. On s’était dit « On remet les compteurs à zéro pour le 2eme quart. Le premier est terminé. On l’oublie, on repart et on verra où cela nous mène à la fin de la saison. »

Asnières nous a aidé pour la confiance. On a bien enchainé Nice et Chamonix sur la route puis Mulhouse à la maison. Pour moi, c’est un mélange de tout ça qui a fait notre déclic. Nous avons ensuite joué libéré.

 

Avec une série 21 victoires en 24 matchs… Que se dit-on quand la réussite bascule ?

Un « game » de hockey, ce sont juste des petits détails qui te permettent de gagner le match. Ce n’est pas grand-chose. Ces petits détails nous réussissaient. On mettait en place le système avec le petit brin de confiance en plus, la confiance en zone défensive pour ressortir le palet, etc. Ces petits détails nous permettait d’aller chercher le but de plus ou d’en prendre moins.

 

Notre point fort était la défense. Une bonne défense passe par des joueurs dédiés à respecter le système et qui croient en ce système. Amiens réussissait à aller chercher des victoires peu importe l’adversaire en appliquant le système. Les joueurs vont l’accepter, l’appliquer et en y croyant, cela a bien fonctionné.

 

Les Play-offs ont débuté avec un quart de finale compliqué contre Bordeaux

On était exténué. On a fini fatigué physiquement et mentalement. On arrive à Grenoble, après un quart très disputé, complétement « cuits ». On n’avait aucune excuse. On a donné ce qu’on avait mais c’était compliqué des fois.

Pourtant au deuxième match, le caractère de l’équipe a refait surface (ndlr : courte défaite 2-3). Les joueurs ont démontré du caractère en prenant soin de leur corps, en ayant un bon sommeil. Lucas notre second gardien a également montré du caractère dans ce match alors qu’il a eu peu de temps de glace.

 

Mais Grenoble était au-dessus… Un regret de ne pas accroché un match ?

Nous n’avons pas de regret car nous avons bien joué hormis le premier match. Le deuxième match, on perd 2-3, Grenoble met deux buts dans le troisième tiers sur des petites erreurs. En face, sur leur cinq joueurs sur la glace, ils n’y avaient pas de faiblesse.

Tant que tu donnes tout ce que tu as, peu importe le résultat tu ne peux pas avoir de regret.

 

Le moment phare de la saison avec la victoire en Coupe de France, la 1ere pour le club et le 1er titre en Pro pour toi

Ce n’est pas dans ma culture de jouer une coupe dans cette configuration, sur un match. C’est la saison qui m’intéresse de jouer pour bien aborder ensuite les play-offs comme tous joueurs de hockey.

Là, tu joues contre des clubs de 3ème division, de D1. Certains se sont fait battre par des D1 donc il ne fallait pas les prendre à la légère mais jouer sur leur glace n’est pas du tout agréable. C’est pénible et difficile mais on veut gagner les matchs car c’est notre souhait dès qu’on « embarque » sur la glace.

A Anglet, tu commences à voir l’impact de Bercy et tu commences à réaliser. Les gens commencent à voir que tu as la possibilité de gagner. Ensuite, tu apprends qu’Amiens n’a jamais gagné la coupe de son histoire.

Tu commences à réaliser toute l’ampleur. Ici, ce titre est très important car cela englobe toutes les équipes de hockey. Peu importe contre qui tu tombes, c’est en un match. Il faut le gagner ! Tu ne peux pas te rattraper le lendemain comme en play-offs. C’est l’équipe qui se présente le plus à chaque match qui finit par l’emporter.

 

Quand tu arrives à Bercy, c’est énorme. Un moment inoubliable. Le public a été incroyable. Je revois des images, j’en ai encore des frissons. Te souvenir des joueurs avec qui tu étais, avec qui tu as partagé… C’est un souvenir encore plus important.

Tu as tellement de plaisir à jouer ensemble que passer des moments comme ça ensemble soude encore plus l’équipe.

 

Avec au final, un scénario incroyable

J’étais content que la prolongation ne dure pas trop longtemps. Tu vois le puck rentrer, traverser la ligne… Je m’en vais voir Henri (ndlr : Buysse). J’avais juste hâte d’avoir tout le monde entre nous, de célébrer ensemble. Phil tombe tout seul… Je ne l’ai pas vu tomber derrière moi. C’est impressionnant l’émotion que cela t’apporte.

Tu profites juste du moment. C’est difficile de décrire une émotion. Tu ne penses à rien d’autre, juste à célébrer.

 

Meilleur compteur amiénois la saison passée et à nouveau cette saison, avais-tu une pression particulière ?

Je ne vois pas cela comme une pression supplémentaire. Je pense simplement avoir été plus connu par les entraineurs adverses. J’imaginais que ces entraîneurs mettaient leurs meilleurs défenseurs contre nous pour nous déranger le plus.

On s’est fait un nom l’année dernière. Je vois cela comme un défi pour moi de jouer contre les meilleurs défenseurs adverses.

Nous étions sous-estimés la saison passée. Personne ne nous voyait. Cette année, notre trio était plus attendu.

J’ai voulu montrer que j’étais capable, que ce n’était pas un hasard et je pense avoir réussi (ndlr : avec 110 points inscrits en 109 matchs saison régulière et play-offs compris).

 

Le temps de jeu a été beaucoup plus réparti cette saison entre les 4 trios. Pour moi c’est une des saisons où j’ai eu le moins de temps de jeu. Mario le savait et tout le monde le savait. En fin de saison, j’ai dit à Mario qu’il n’y avait rien de négatif dans cette saison-là.

 

L’équipe a fait du chemin. Il fallait surprendre encore… Des bons joueurs sont arrivés à l’intersaison. Les fins connaisseurs qui regardent les alignements savaient que Bordeaux, Angers avaient de bons line-up (alignements), meilleurs que nous, et pourtant Amiens est derrière Rouen et Grenoble, devant les autres.

On a su surprendre à nouveau cette saison. Nos joueurs, sans parler de points, ont fait une très belle saison.

 

Que ressens-tu de faire partie de l’équipe qui a fait progresser Amiens ces deux dernières saisons ?

Ça me fait vraiment plaisir. On remporte la coupe de France, on finit troisième, on fait mieux que l’année passée. Tout le monde était satisfait.

Ça fait plaisir de laisser sa marque à un endroit, dans une équipe. On se promène dans les rues et on croise des gens qui nous parlent d’anciens joueurs, d’anciennes saisons… Les gens parlent encore de Roger Dubé…

Si dans 10-15 ans, ces gens se souviennent de cette coupe, de nous avec notre capitaine Jonathan Narbonne qui a soulevé la coupe, de Buysse notre meilleur gardien et parlent des joueurs, de notre passage, ce sera une grande fierté !