L’histoire des Gothiques : Episode III

20 décembre 2014
gothiques3

EPISODE III

Pour pallier au départ de Dave Henderson en 1984, le club de Picardie fut contraint de faire appel à un nouvel entraîneur, le Canadien Georges Tower qui arriva en provenance de Suède. Ce dernier était un ancien coéquipier de Dave. Il dût le remplacer également sur la glace par un nouvel attaquant étranger, le Suédois Thomas Moorehed que le nouveau coach avait emmené avec lui. Avec le retour de deux anciens amiénois, Dominique Brasseur et Robin Dauphin, et l’arrivée de deux jeunes très prometteurs, Marc Leroux (Dunkerque) et Thierry Ouzelet (Epinal), l’équipe d’Amiens, baptisée pour la première fois « les Renards de Picardie » suite à un sondage effectué auprès des supporters, se structura d’avantage grâce aussi au retour de son ex-entraîneur exilé outre-Atlantique.

En effet, Dave Henderson revint vite sur sa décision. « J’ai fini par céder aussi aux nombreux coups de téléphone de mes amis français qui m’appelaient sans arrêt. Et puis, la France me manquait ainsi qu’à mon épouse », explique-t-il pour justifier son retour.

Neuf ans après avoir posé pour la première fois ses pieds sur le sol français, Dave revint donc à son point de chute du départ… Après cet intermède, l’attaquant franco-canadien s’enracina définitivement dans sa région d’adoption. Dave donna un nouvel élan à sa carrière, mais comme joueur seulement cette fois, sous la direction de plusieurs entraîneurs tels que Georges Tower, Marc Boileau, Yvon Gingras, Gaëtan Clavet ou encore Jean Bégin.  Restant résolument attaché au club d’Amiens et à la région de Picardie, Dave Henderson refusa systématiquement toutes les propositions qui lui furent faites par d’autres clubs.

Mais avant de prendre sa retraite de joueur, Dave Henderson allait vivre avec ses coéquipiers la joie des premiers podiums notamment sous la présidence de Jean-Marie Quintard, un médecin anesthésiste passionné de hockey, qui prit en mains les rênes du club. Le succès fut au rendez-vous surtout grâce à l’arrivée dans l’équipe picarde de nouveaux renforts très efficaces comme les défenseurs de Saint-Gervais Benoît Nicoud et François Dusseau ainsi que le canadien Michel Galarneau, un athlète qui avait une condition physique exceptionnelle. Le poste de coach sera tenu pendant une saison par le canadien Gaëtan Clavet (1985-1986) puis par son compatriote Jean Begin (1986-1987). Ce dernier allait malheureusement défrayer la chronique judiciaire deux ans plus tard dans son pays pour des faits que nous ne relaterons pas ici.

Cette affaire, dont les échos traverseront l’Atlantique, sera bien entendu relaté avec la mesure qui s’impose dans la rubrique sportive du quotidien régional Le Courrier Picard par le journaliste Christophe Verkest car ce dernier devint, dès le mois de septembre 1986, le spécialiste attitré du club de hockey sur glace. Ce reporter passionné sera un personnage important dans l’histoire du club de la Somme puisqu’il suivra en permanence pratiquement tous les matches des joueurs picards pendant quinze ans. Mais l’équipe amiénoise, entraînée désormais par Yvan Gingras, continua à se concentrer uniquement sur le plan sportif avec pour seul objectif, celui de progresser afin de réussir un jour à remporter le titre suprême. Pour cela, le nouveau président de l’ASC d’Amiens, Claude Studer, laissa les mains libres à son ami Jean-Marie Quintard, responsable de la section hockey, pour renouveler l’effectif de l’équipe fanion en faisant venir deux nouveaux renforts canadiens, Louis Coté et Stéphane Lessard.

On notera qu’à cette époque, au mois de juin 1987, l’Amiens Sporting Club réussit à convaincre la Caisse d’Epargne de devenir son principal partenaire. Le président Claude Studer et ses dirigeants ayant décidé de mettre leur nouveau sponsor en évidence, ils reprirent le logo officiel de cette banque et les « Renards » disparurent pour être rebaptisés les « Ecureuils » de Picardie, en référence à son emblème de l’époque. Les joueurs portèrent donc désormais un énorme écureuil de couleur rouge sur le devant de leurs maillots. Cette modification du logo fut à l’origine d’une anecdote assez particulière.

En effet, comme beaucoup de monde le faisait à l’époque, le club d’Amiens commanda un nouveau jeu de maillots en Finlande. Y a-t-il eu une erreur de communication ? Toujours est-il que les hockeyeurs amiénois reçurent leurs nouveaux maillots sans le logo du nouveau sponsor mais avec juste en impression le nom « Ecureuils » sans parler que plusieurs numéros n’étaient pas les bons. Devant le mécontentement du sponsor (Caisse d’Epargne) et des joueurs, Jean-Marc Phildar, le responsable du matériel, s’adressa en catastrophe à la société textile amiénoise C.I.T., dirigée par Philippe et Florence Dessaint, afin d’essayer de résoudre au plus vite ce problème. La tâche fut tellement menée à bien que la société Dessaint décida de se lancer dans l’aventure de la confection des maillots du club de hockey d’Amiens. Grâce à ce dépannage imprévu et à un bouche à oreille très efficace, la société C.I.T. allait connaître un beau succès. Il faut dire que le rapport qualité-prix était très intéressant puisqu’un maillot chez C.I.T. coûtait en moyenne 250 francs (38 euros) alors qu’un maillot venu de Finlande revenait à environ 800 francs ! (120 euros). Du coup, un dirigeant du club de Valenciennes vint à son tour passer une commande de jeu de maillots, puis ce fut le club de Rouen pour tout son hockey mineur. Le club de Caen fera connaître ensuite l’adresse à Anglet lors d’un match de championnat qui, lui-même, en parlera à un autre adversaire… Bref, grâce à une campagne publicitaire intensive le nom de la société amiénoise traversa rapidement les frontières puisque C.I.T. trouva des nouveaux clients dans les clubs de hockey sur glace en Suisse et en Allemagne notamment ce qui valut à Philippe et Florence Dessaint de bénéficier de la parution d’un long article dans le journal régional Le Courrier Picard sous la plume de Christophe Verkest avec comme titre « Le hockey français s’habille à Amiens »

Mais revenons sur l’histoire du club d’Amiens qui n’allait pas être marquée durablement par ce sympathique rongeur mais plutôt par un autre événement qui surgira de façon inattendue de l’Europe de l’Est.

En effet, à la surprise générale, deux hockeyeurs soviétiques de renom, le défenseur international du CSKA de Moscou Vladimir Zubkov et l’attaquant du Dynamo de Riga Vladimir Lubkin (capitaine de son équipe) débarquèrent un beau jour du mois de septembre 1988 dans le petit « hangar » du centre Pierre de Coubertin d’Amiens…

Cet incroyable transfert, qui paraissait inconcevable à l’époque vu le contexte politique, survint très rapidement et dans des conditions assez étonnantes comme le raconte Jean-Marie Quintard le président : « Notre ancien entraîneur, Gaétan Clavet, était au Japon lorsqu’il avait appris que les Soviétiques étaient disposés à s’ouvrir à l’Europe de l’ouest. Nous avons donc demandé au Comité France-URSS, qui avait son siège à Paris, de contacter pour nous le Comité des sports à Moscou. C’était en 1987 et nous n’avons pas eu de réponse pendant de longs mois, au point de laisser tomber cette démarche. Et voilà que brusquement, au début du mois de septembre 1988, notre club a reçu un télégramme dans lequel il était écrit que deux hockeyeurs russes arrivaient deux jours plus tard par avion à Roissy avec le numéro de vol. On ne connaissait même pas leurs noms ! Ce fut évidemment une énorme surprise. J’ai su que c’était M. Rogatchev, un attaché de l’ambassade de l’URSS à Paris, spécialement chargé du sport depuis un an, qui était intervenu pour débloquer la situation. »

Inutile de dire que l’arrivée simultanée des deux renforts Russes fit l’effet d’une bombe autant dans les médias que sur la glace. Surtout qu’au même moment, les dirigeants du club de Reims (qui évoluait dans la division inférieure de la Nationale 1B) tombaient des nues eux aussi en voyant arriver un autre hockeyeur russe du nom de Vladimir Kovin. Le club de la Marne, cher au regretté Charles Marcelle, bénéficia la saison suivante du transfert de deux autres renforts soviétiques : Sergeï Garbouchine et Sergeï Tukmachov. La porte de la filière russe resta entrouverte par la suite avec l’arrivée de Vladimir Kouznetzov à Amneville en 1992 (Nationale 2), de Pavel Kadykov à Briançon en 1998 (Nationale 1) ou beaucoup plus récemment de Yan Goloubovski à Morzine en 2011 (Ligue Magnus).

Mais la grande vedette soviétique du championnat de France lors du coup d’envoi de la saison 1988-1989 fut sans conteste l’impressionnant défenseur Vladimir Zubkov dont les passes millimétrées exceptionnelles, la vision du jeu et les sorties de zones époustouflantes, firent l’admiration, non seulement de ses nouveaux coéquipiers de Picardie, mais aussi de tous ses adversaires. L’ancien joueur international Thierry Chaix, qui devint par la suite le président du club de Rouen, a gardé un souvenir particulièrement « marquant » d’un autre atout dans le jeu défensif de Zubkov. En effet, lors d’un contact direct avec lui, il fut victime d’une perte de connaissance momentanée avec l’impression d’avoir percuté un mur en béton…

Ceux qui se frottèrent les mains de posséder une telle armoire à glace furent non seulement le nouveau président de la section hockey André Candas, mais surtout le nouveau coach des « Ecureuils » d’Amiens, Marc Boileau. L’entraîneur canadien, qui savait que l’international russe Vladimir Zubkov avait un CV très impressionnant comprenant notamment une Coupe Canada, en profita pour utiliser au maximum son joker de luxe (qui portait le maillot numéro 7). C’était un défenseur qu’il admirait en grand connaisseur puisque Marc Boileau avait été lui-même un ancien joueur des Red Wings de Détroit avant de devenir le coach des Pinguins de Pittsburg dans la NHL.