L’histoire des Gothiques : Episode VI

13 décembre 2014
gothiques6

EPISODE 6

Comme le fit observer la presse, Amiens fut ainsi enfin récompensé pour l’ensemble de son œuvre puisque le club picard pouvait se vanter d’être le seul à évoluer dans la Ligue Elite sans interruption depuis 1982, soit depuis dix-sept ans, en ayant toujours suivi une politique de formation et de progression à long terme. Sa patience fut donc payante avec le premier triomphe de cette équipe championne de France 1999. Dans cette formation victorieuse se trouvait notamment un vrai et pur talent en la personne de Maurice Rozenthal qui sera sacré meilleur joueur français de la saison (six ans après Pierre Pousse) et qui réussira l’exploit unique de remporter encore ce trophée les deux années suivantes. Dans l’équipe amiénoise il y avait donc les deux jumeaux Rozenthal mais aussi Richer, Pousse, Lecomte, Dubé, Dehaene, Moyon, Dubois, Djelloul, Dewolf, Mille, Riihijarvi, Reierson, Vuoti, Carrencotte ou encore Mindjimba et Bochatay.

La saison suivante, 1999-2000, s’annonçait donc belle avec la perspective de plusieurs déplacements importants à l’étranger notamment à Moscou, à Nuremberg et à Lugano dans le cadre de la quatrième (et dernière) édition du championnat européen de l’EHL. Si Dave Henderson passait le relais au capitaine emblématique des Gothiques Antoine Richer, ce dernier, qui raccrochait ses patins et voyait son célèbre numéro 25 retiré du jeu, il allait vite déchanter. Le nouveau coach des Gothiques, qui était également à cette époque l’entraîneur-assistant en équipe de France, avait senti venir le coup dès la saison précédente en lançant un sacré palet dans la mare. Dans un article du journal L’Equipe, publié trois mois avant le sacre historique, Antoine Richer lança un cri d’alarme prémonitoire en déclarant en substance : « Nos dirigeants nous font avaler des couleuvres lors des discussions salariales. Ils ont creusé un profond fossé entre nous. Le salaire de Serge Djelloul est pris en charge par l’Association des amis des Gothiques, comme c’est le cas de celui de Roger Dubé depuis la saison dernière. Le club envisage maintenant d’embaucher un autre renfort canadien qui arrive d’Allemagne. Je trouve cela plutôt inquiétant pour l’avenir alors que beaucoup de joueurs ont été contraints d’accepter des réductions de salaires… » Le conflit avait été à ce point sérieux que deux joueurs amiénois, Pierre Pousse et Karl Dewolf, avaient adhéré à un syndicat officiel (Force Ouvrière) pour défendre les intérêts de leurs coéquipiers. Ce fut une grande première dans l’histoire du hockey français !

Malheureusement, comme il l’avait pressenti, après la grande fête du sacre « Tony » allait être victime d’une belle gueule de bois comme tous ses camarades. Signe prémonitoire du destin, au mois de décembre 1999, alors que l’équipe d’Amiens menait largement à domicile face à celle de Viry-Châtillon, le match de championnat dut être interrompu car la glace du magnifique Coliseum s’affaissa brusquement devant la cage gardée par Antoine Mindjimba sous les lueurs d’un éclairage de surcroît défaillant… De plus, au cours de la saison 1999-2000, l’idylle entre Roger Dubé et le club d’Amiens s’acheva par un divorce brutal puisque le Franco-canadien décida de mettre un terme définitif à sa présence à Amiens d’une façon assez inattendue. Le coup de théâtre se produisit avant le coup d’envoi de la 18e journée du championnat alors qu’il pointait encore cette année-là à la septième place au classement des marqueurs de la Ligue Elite. Le numéro 16 des Gothiques provoqua l’étonnement général en annonçant son départ immédiat du club de la Somme qui venait d’essuyer un revers cuisant en Ligue européenne (Défaite 2-8 contre les allemands de Nuremberg). Le départ soudain de l’ex-international, âgé de trente-quatre ans, fut la conséquence d’une incompatibilité d’humeur notoire entre l’ailier droit et son nouvel entraîneur Antoine Richer. Ce dernier déclara à la presse : « Roger Dubé a été honnête avec moi en me disant ouvertement qu’il ne voulait plus jouer selon mon système de jeu. A partir de ce moment-là, les deux parties ne pouvaient plus collaborer. » Le caractère entier et sans concession du Franco-canadien avait fait une fois de plus son œuvre après trois ans de coexistence pacifique… Du coup, les deux attaquants finlandais de l’équipe d’Amiens, Arto Vuoti et Juha Jokiharju, qui évoluaient sur la même ligne que Roger Dubé, durent donc se trouver un nouveau coéquipier.

Mais dès le début de cette saison 1999-2000 pour le moins agitée et morose, le Conseil d’administration du club d’Amiens annonça le dépôt de bilan du champion de France en titre à cause d’un découvert bancaire de 400 000 francs (60 000 euros) et le refus des joueurs d’accepter à nouveau une baisse de leurs salaires. Le tribunal de commerce accepta la poursuite de l’activité des Gothiques mais une assemblée générale porta un ancien joueur, Hervé Petit, à la tête du club en remplacement de François Désérable. Le nouveau président sera dans l’obligation d’annoncer en fin de championnat plusieurs licenciements économiques ce qui provoqua une vive polémique entre les joueurs picards et leur coach Antoine Richer entrainant un geste de protestation majeur au cours de la saison. En effet, l’attaquant international Pierre Pousse refusa de continuer à porter le brassard de capitaine des Gothiques. Maigre consolation, c’est le renfort finlandais de l’équipe d’Amiens, Juha Jokiharju, qui termina premier marqueur de la Ligue Elite apportant ainsi le premier trophée « Charles Ramsay » de son histoire au club de la Somme. Cette cure d’amaigrissement forcée du club d’Amiens provoqua son recul provisoire dans le classement du championnat de France, un affaiblissement causé en partie par les départs successifs des jumeaux Rozenthal pour la Suède, Archambault et Chiasson pour le Canada ainsi que Djelloul et Ribanelli qui raccrochèrent leurs patins. Quant au défenseur Christophe Moyon, qui mit également un terme à sa brillante carrière de joueur (son numéro 8 fut retiré), il effectua une belle reconversion au sein du club d’Amiens en devenant le responsable administratif du HCAS.

Petit réconfort, malgré ce contexte agité, l’équipe des cadets d’Amiens sera sacrée championne de France en 2001 ce qui permettra au célèbre journaliste local du Courrier Picard, Christophe Verkest, de mettre un terme définitif à sa longue collaboration avec le hockey qui aura duré quinze ans. Le journaliste quitta volontairement la rubrique sportive pour occuper d’autres fonctions au sein du journal local. C’est donc son successeur qui aura l’occasion de mentionner que l’équipe junior de Picardie remporta de son côté le titre national à deux reprises en 2000 puis en 2002. Ce n’est donc pas sans raison si pas moins de sept hockeyeurs amiénois eurent l’honneur de faire partie de l’équipe de France U20 lorsque cette dernière disputa en 2002 les seuls championnats du monde juniors élite de son histoire en République tchèque. Les jeunes internationaux tricolore du club d’Amiens étaient le gardien Landry Macrez et les attaquants Elie Marcos, Simon Petit, Pierre-Yves Albert, Romain Masson, Mickael Bardet et Yannick Maillot.

Quant aux minimes, ils seront champions de France en 2003. La situation était donc certes délicate pour les seniors mais surtout pas désespérée avec une telle relève qui s’annonçait. L’équipe fanion effectuait à cette époque une sorte de retour aux sources amusant puisque sur le maillot officiel des « Gothiques » le nom de la banque Caisse d’épargne était à nouveau inscrit comme cela avait été le cas à ses débuts, mais avec comme logo un écureuil beaucoup plus moderne et stylisé dans un carré rouge…

Ce clin d’œil du passé fut positif puisqu’en 2003, les Gothiques réussirent à se qualifier pour la cinquième fois de leur histoire en série finale du championnat de France à l’issue de laquelle ils s’inclinèrent avec les honneurs face aux redoutables Dragons de Rouen. Toutefois l’amiénois Laurent Gras fut élu meilleur joueur français et son jeune coéquipier Kevin Hecquefeuille meilleur espoir du championnat qui était baptisé à l’époque Super 16 (Ligue Magnus aujourd’hui). Cerise sur le gâteau le club d’Amiens eut droit d’organiser et de disputer le premier tour de la Coupe Continentale dans la patinoire du Coliseum. S’étant qualifiés devant leur public, les Gothiques disputèrent ensuite le deuxième tour de la coupe européenne qui se déroula toujours en France, cette fois à Rouen, avec à la clé une seconde place finale derrière les Dragons normands.

Mais l’année suivante, en 2004, le club d’Amiens réussit à écrire une nouvelle page glorieuse de son histoire avec de grosses lettres gothiques après avoir remporté pour la deuxième fois la Coupe Magnus sur la patinoire de Grenoble. L’entraîneur amiénois Antoine Richer remporta ainsi à titre personnel son premier trophée en tant que coach. Ce dernier sera d’ailleurs élu meilleur entraîneur du « Super 16 ». Juste récompense pour la politique suivie par l’ancien capitaine des Tricolores et ses dirigeants qui privilégiaient les hockeyeurs français. En effet, à l’issue de la saison 2003-2004, l’équipe d’Amiens pouvait se vanter d’avoir remporté le titre de champion de France avec le renfort d’un seul étranger, en l’occurrence le défenseur finlandais Tommi Hamalainen. Les autres membres de l’équipe s’appelaient Zwikel, Rozenthal (François), Mortas, Hecquefeuille, Gras, Chauvel (Luc et Brice), Aimonetto, Hennebert, Jestin, Roussel, Mazzone, Perez, Brodin (Frédéric et Mickael), Lefranc, Marcos, Petit, Bachet ou encore Mindjimba, Burnet et Plumejeau.

Ce succès bien mérité valait bien un défilé mémorable des Gothiques sur le toit d’un bus qui les conduisit vers l’hôtel de ville d’Amiens au milieu d’une foule enthousiaste. Jonathan Zwikel remporta un beau succès personnel car il avait réussi l’exploit d’être le premier hockeyeur formé en France à terminer meilleur marqueur du championnat.

Un autre grand personnage de l’histoire du club d’Amiens fut également récompensé au cours de cette même année. En effet, après l’effondrement de l’équipe de France senior lors des Championnats du monde de Prague en 2004 et sa relégation en Division 1, le coach finlandais Heikki Leime fut remercié. Au mois de septembre Dave Henderson fut nommé par le DTN Patrick Ranvier à la tête de l’équipe de France. Quelques semaines plus tard l’ex-international Pierre Pousse vint le rejoindre comme adjoint. Ce dernier, qui était alors le coach de Chamonix, fut très heureux de retrouver aux côtés de celui avec qui il avait joué à Amiens lors de la saison 1989-1990. Le Franco-canadien était devenu ensuite son entraîneur lorsque Pierre Pousse retourna jouer dans le club de la Somme en 1992. Bref, voila désormais deux amiénois d’adoption à la tête de la sélection tricolore. Pour l’anecdote, malgré son emploi à plein temps à la FFHG, Dave Henderson tint à rester toujours licencié au club d’Amiens. « J’espère devenir un jour le doyen du club ! dit-il en riant. Et puis, mon meilleur souvenir, reste le premier but marqué par mon fils Brian, lors d’un tournoi moustiques à Viry-Châtillon sous les couleurs d’Amiens. Ce club restera toujours mon port d’attache en France. »