Luc Tardif:« Le développement du hockey passe par l’ouverture de nouvelles patinoires ! »

1 décembre 2014
President Tardif

Luc Tardif, qui vient d’être reconduit pour un 3ème mandat à la présidence de la FFHG, et qu est également le Vice-président du Comité d’Organisation des championnats du Monde de Hockey Paris 2017, rencontré, au Coliséum, le soir du match contre Strasbourg nous a accordé une interview dans laquelle, il fait plusieurs annonce, la finale de la prochaine Coupe de France ne se déroulera pas à Paris Bercy, mais à Marseille. La Coupe de la Ligue vit son avant dernière année. 3 nouvelles patinoires devraient voir le jour à l’horizon 2016/2017, et nous livre beaucoup d’autres infos, après avoir évoqué les différentes composantes de la famille du hockey…

Félicitation pour votre 3ème réélection à la tête de la FFHG. Un 3ème mandat important avec au moins 3 dossiers chantiers importants  que nous allez évoquer dans quelques instants,, mais auparavant, combien la FFHG compte t-elle de licenciés ?

«  Merci, nous avons franchi le cap des 20000 licenciés que nous visions depuis quelque temps, mais nous nous sommes fixé immédiatement un nouvel objectif : dans les 4 prochaines années, si on atteint 2000 de plus, ce serait bien ! »

Comment compter –vous parvenir à ce chiffre ?

«  Je pense que le développement de notre sport ne peut passer que par l’ouverture de   nouvelles patinoires, car nous commençons à être vraiment à l’étroit, dans nos installations que nous devons partager avec le patinage et d’autres sports de glace. Nous capitalisons sur notre  « plan patinoires ». Angers est en train de faire le pas, et va prochainement déposer un permis de construire, à Dunkerque, le projet avance bien. Aujourd’hui, avec le projet dijonnais, ce sont 3 nouvelles patinoires qui vont sortir de terre d’ici 2 à 3 ans !

Nous sommes en train de remettre les choses au goût du jour, alors que jusqu’à maintenant, nos équipements avaient plutôt tendance à fermer. Dans des situations de ce genre, la vapeur n’est pas facile à renverser. Nous avons vraiment besoin d’équipement bien adaptés à la pratique de notre sport et compatibles avec des normes dans l’air du temps, économies d’énergie et développement durable.

Le meilleur indicateur de l’intérêt de l’intérêt que portent les municipalités à notre sport est matérialisé par le fait que la patinoire est devenu un enjeu électoral dans de plus en plus de communes ! »

Sans citer de noms combien, selon vous, existe-t-il, actuellement de patinoires obsolètes ?

 Pour répondre précisément à votre question, je dirais qu’il nous reste une, voire deux équipes de Magnus qui reçoivent encore les matches dans des conditions « difficiles ». Mais d’ici 4 ans, nous devrions gommer cela.  Vous n’êtes pas sans savoir que dans deux ans, nous allons passer de 14 à 12 clubs en Elite, avec des critères un peu plus sélectifs, notamment en ce qui concerne l’accueil du public, de la presse, et surtout de la télévision. Pour ce média, il faut des conditions particulières d’éclairage et de disposition des lieux. C’est un cap que nous devons absolument franchir rapidement, car, à l’heure actuelle, grâce à notre partenariat avec la chaîne l’Equipe 21, on s’aperçoit que malheureusement,, il est impossible de retransmettre des matches dans certaines de nos patinoires, sans desservir l’image de notre sport, ce qui est tout contraire au but recherché. Dans des enceintes où l’éclairage est insuffisant et la hauteur de plafond pas adaptée, on est certain d’être déçu de la qualité des images tournées. Cela est particulièrement préjudiciable lorsque le club se positionne sportivement assez bien.

Dans deux ans, la Ligue va complètement changer de configuration

«  Effectivement, en 2016, le nouveau cap de la Magnus, sera effectif. C’est une étape très importante, nous allons passer de 14 à 12 clubs, ce qui veut signifie que nous allons doubler le nombre de matches ; ce qui entraînera de facto la disparition de la Coupe de la Ligue, Le championnat aura une configuration très différente de celle qui est en vigueur cette année,. Nous devions faire cette réforme depuis quelque temps, mais comme les conditions de sa réussite n’étaient pas nécessairement réunies, il nous a semblé plus sage d’attendre pour l’entreprendre. Je pense qu’il ne faut pas faire des réformes pour le plaisir, il faut surtout les réussir. Tous les clubs sont actuellement en train de préparer ce qui apparaît comme une vraie métamorphose en portant leur attention et leurs efforts sur la configuration des lieux et la constitution d’un staff administratif un peu plus étoffé, avec un directeur sportif. Je suis raisonnablement confiant sur le respect de ces nouvelles règles, ma confiance est étayée par la dernière présentation des bilans des clubs, où nous avons constaté que, dans une situation économique globalement morose, pour la PREMIERE FOIS, tous les documents de la présentation des comptes de la Ligue de CHACUN des clubs de Magnus , n’ont suscité aucune remarque, tant de notre part ,que de celle de la C.N.S. G. G (Commission Nationale de Suivi et de Contrôle de Gestion).. Je pense que nos présidents de club se sont beaucoup professionnalisés et sont, aujourd’hui, mieux entourés. Ils s’intéressent plus à leur environnement économique et s’investissent davantage dans leur commune. Nous en avons une parfaite illustration, ce soir, au Coliséum, avec cette soirée organisée conjointement par le HCAS et le club Business & Développement qui a réuni plusieurs dizaines d’entreprises et de décideurs locaux et régionaux ; J’espère que cet exemple sera contagieux, car le développement du hockey est à ce prix-là ! »

Parlez nous maintenant du Centre National de Hockey, qui va bientôt voir le jour, Plaine des Linandes à Cergy Pontoise

« Ce projet est tout sauf anodin,il entre très prochainement dans sa phase de construction. Nous allons procéder à la pose de la première pierre dans les prochains jours et nous devrions entrer en jouissance des lieux en septembre ou en octobre 2016. Le budget total de cet ensemble de 46 millions d’euros, a été rendu possible grâce à un important investissement des collectivités locales, du Ministère de la Ville et de la Jeunesse et des Sports

Je pense que cet ensemble sera idéal pour abriter notre base arrière pour l’organisation des Championnats du Monde de 2017.

Pour nous, il était important de disposer d’une nouvelle patinoire de 3500 places, (avec deux pistes ; une d’entraînement, et une autre pour le public et le patinage), dans la région parisienne. Il nous fallait apporter une solution, à cette véritable carence au niveau des équipements dédiés à la pratique du hockey cette région, qui compte près du quart de nos licenciés (5 000 !) . Avec cet équipement, nous allons enfin disposer d’une patinoire d’envergure capable d’accueillir des rencontres internationales et pouvant permettre l’éclosion d’un club de haut niveau, dans le grand Paris. Nous installerons notre siège dans cette nouvelle structure , idéalement située dans un environnement sportif, prés de Décathlon, du centre départemental de football, et du centre interrégional de tennis , avec lesquels nous partagerons des locaux communs d’hébergement et de suivi médical, communs ».

Nous arrivons au « gros morceau : Les Championnats du Monde 2017 !

 « Même si cet évènement majeur est siglé 2017, les choses importantes se jouent en ce moment. Il s’agit là d’une manifestation vraiment gigantesque. Après les J.O, c’est la plus grosse manifestation d’hiver : nous allons accueillir pendant 10 jours, 300000 spectateurs, venus du monde entier, qui pourront assister à 30 matches qui regrouperont la « crème du hockey international ». Deux quarts de finale se dérouleront à Paris, les deux autres se joueront à Cologne, ainsi que les demi-finales, la finale et le match pour la 3e place. Un évènement qui sera retransmis, par la télévision et tous les autres médias, dans 65 pays. Après ces championnats du monde, j’espère que le hockey français ne sera plus jamais considéré de la même façon. Je crois que nous avons souvent raté nos rendez vous importants, je fais référence là aux J.O. pour cela, je pense qu’il faut que chacun, des acteurs du hockey hexagonal ; et pas seulement la Fédération, s’approprie cet évènement planétaire. Pour notre part, nous allons mettre en place, très prochainement, un grand programme de sensibilisation avec notamment un « Hockey Tour » et nos référents dans les clubs, pour cela, nous avons besoin de 300 bénévoles pour faire tourner cette grosse machine que nous sommes en train de mettre en place. Pour avoir un petit ordre d’idée du challenge que nous nous apprêtons à relever, il faut savoir que le budget de notre Fédération est de 5 millions et notre partie sera de 11 millions , alors que le budget total de la compétition atteint les 26 millions d’euros.. Les pouvoirs publics, la Vile de Paris, sont à nos côtés dans cette opération. Nous venons également d’apprendre que le prochain congrès de la Fédération internationale de hockey se tiendra à Paris ; On va donc beaucoup entendre parler de hockey dans la capitale française !

Pour mettre sur pied une telle organisation, nous sommes entrés en relation avec des sponsors nationaux, comme Airbus ; des contacts que nous n’avions pas auparavant. Mais nous bénéficions surtout d’une locomotive très performante dans le domaine de l’organisation : nos amis allemands, chez lesquels le hockey reste l’un des sports nationaux, ils sont habitués à des manifestations de cette ampleur. Organiser avec de tels partenaires nous a appris plein de choses et tout se passe de la meilleure des façons. Je crois que nous avons réussi, ce que les politiques ont mis longtemps à mettre en pratique : faire vivre vraiment l’amitié franco-allemande ! »

Encore une question de circonstance : un tournoi international féminin » Le tournoi des 4 nations » est organisé du 18 au 20 décembre 2014, au Coliséum, c’est l’occasion de vous demander comment se porte le hockey féminin français ?

« Voilà une question qui me plait bien ! Je crois que tout le hockey français n’a pas vraiment mesuré les progrès réalisés par nos équipes féminines. Nous sommes des organisateurs réguliers de leurs championnats du monde, cette saison, nous allons faire coup double, puisque deux mondiaux féminins se tiendront dans l’hexagone : le premier, pour les « seniores », à Rouen, du 9 au 13 avril 215, et celui réservé au U18, du 4 au 10 janvier 2015, à Vaujany !

Quand on étudie attentivement les résultats des confrontations de nos bleues contre les suissesses, (médaillées de bronze aux derniers mondiaux), qu’elles affrontent régulièrement en matches officiels, comme en tournois (les deux équipes participeront à la prochaine compétition amiénoise : le Tournoi des 4 nations), on s’aperçoit qu’il n’existe pas un gros écart entre les deux équipes. Mais c’est indéniable, nos filles sont en constante et spectaculaire progression ! Plusieurs d’entre elles évoluent à l’étranger, certaines dans des championnats très huppés, comme au Canada. La meilleure progression, en terme de licences, se situe chez les filles. Cette saison, je pense que les mondiaux vont nous permettre de constater dans les faits, ce changement de standing dont je vous parle. Chez les garçons, comme chez les filles, nous sommes prêts à aller aux J.O. Mais, on a beau travailler fort, faire des exploits comme battre la Russie ou le Canada. Ne pas être aux Jeux olympiques, reste vraiment un crève-cœur. Mais moi, je conteste un peu les procédures de qualification que nous jouons « entre deux portes ». Devant les instances internationales, je ne me gêne jamais pour mettre le doigt sur le sujet. Par exemple, l’année dernière, nos gars sont arrivés le mercredi soir, ils ont juste fait un entraînement, et alors que, le vendredi, nous jouions notre survie dans la compétition, il nous manquait nos nord-américains ; je ne comprends toujours pas comment on doit disputer une compétition aussi importante, sans pouvoir disposer de ses meilleurs joueurs ! Ces remarques sont également valables pour les allemands, les danois, qui comme nous, sont passés « à la trappe ». Dans les hautes instances internationales on discute enfin , pour éviter que les différents calendriers ne s’entrechoquent plus . Je crois que cette fois, tout le monde est sensibilisé à la question et semble prêt à œuvrer pour que les compétitions internationales se déroulent dans les meilleures conditions d’équité ! »

Pour n’oublier personne dans la grande famille du hockey ; il ne nous reste plus qu’à évoquer l’arbitrage !

 «  Avec l’arrivée de Bruno Colléoni, un homme d’expérience, nous allons faire du bon travail, notamment avec cette nouvelle organisation, plus étoffée sur la formation de nos arbitres. Mais je voudrais mettre chacun devant ses responsabilités. Il faut savoir que les arbitres ne naissent pas naturellement dans une feuille de chou. Il ne suffit pas de planter une graine pour qu’un arbitre apparaisse. Sont-ils oui ou non formés dans les clubs ? Certains clubs sont formateurs d’autres non ! La problématique n’est pas une question de qualité mais de quantité !

Dans cette affaire, la Fédération doit aussi reconnaître certains torts et j’en prends ma part ; de leurs côtés, les arbitres se sont quelque peu fermés en instaurant une espèce de système : «  les copains d’abord » et les clubs n’ont pas fait ce qu’il fallait. Aujourd’hui, il n’est pas question de blâmer l’un plutôt que l’autre ! Mais, maintenant, il faut qu’on arrête, le samedi soir, quand tout le monde joue en même temps, on commence à rencontrer, de plus en plus souvent, des difficultés pour désigner des arbitres afin d’assurer le bon déroulement des compétitions !

Dans l’année qui vient, j’ai demandé à ce que l’on me présente un projet dans lequel on mettra les clubs à contribution. Nous allons essayer de trouver un système différent de celui du football, qui impose d’avoir un ou des arbitres dans chaque club sous peine de pénalité sportive. Nous préférons la manière incitative pour stimuler les clubs et les inviter à prendre leurs responsabilités.

Tout espoir n’est pas perdu, car, cette année, pour la première fois, nous avons vu arriver au dernier stage de formation des arbitres 12 jeunes, véritablement des athlètes. Nous devons redonner aux jeunes le goût de l’arbitrage, qui peut déboucher sur des carrières nationales ou internationales, des arbitres français, homme ou femmes officient également aux J.O. !»

Un mot sur le club d’Amiens

 «  Je suis très content du parcours du HCAS, en ce début de saison, parce que  depuis quelques années, à chaque fois, on espérait les voir en bonne position, espoirs pas toujours suivis de réalisations. Il faut cependant lui reconnaître des circonstances atténuantes, avec l’indispensable reprise en main financière qui s’imposait, il n’est pas toujours facile de rechercher, un redressement en parallèle avec la compétition. Mais actuellement, je sens qu’avec le nouveau staff, le groupe monte en puissance. Personne ne s’est affolé quand les matches de préparation, que j’ai suivi, n’étaient pas particulièrement encourageants. Ensuite l’équipe est montée en puissance avec beaucoup de régularité, et je ne pense pas qu’ils ont plus ou moins d’effectif qu’avant, mais les hockeyeurs picards jouent mieux. Aujourd’hui, on constate que le championnat est plus ouvert, Strasbourg est tout surpris de se retrouver leader, il faut dire qu’ils ont également connu des rencontres de préparation très difficiles. Epinal est à quelques longueurs derrière ! Briançon et Rouen qui se retrouvent, même si ce n’est que momentané, en queue de peloton*,. J’aime bien voir ce classement et ce championnat dans lequel tout le monde peut battre tout le monde. Vraiment nous vivons un superbe début de championnat et je pense que nous ne sommes qu’au début de nos surprises !

Il faudra rester dans une certaine régularité, mais je suis assez confiant de voir le club d’Amiens effectuer un bon début de championnat, je leur souhaite un belle fin de saison, j’aimerais bien les retrouver en finale, pas à Bercy, car cette saison, la finale de la Coupe de France se disputera à Marseille. Une ville qui, cet après midi même, à été désignée ville européenne sportive 2017 ».

Selon vous le fait d’avoir plus de nord-américains relève t-il le niveau de la Ligue Magnus

«  Je ne le pense pas vraiment, nous n’avons que légèrement assoupli cette règle, car elle   n’avait plus de sens ; cependant, nous ne l’avons instaurée que pour un an, afin de pouvoir observer comment les choses se passent. Si l’on constate quelques effets pervers, nous nous gardons la possibilité de faire marche arrière ; ce n’est qu’un test, les choses ne sont pas figées en la matière ! »

Propos recueillis par Jicehel

* Entretien réalisé le 14/10/2014, avant le match de Coupe de la Ligue : Strasbourg/Amiens